[Intro — voix posée, chuchotée]
Je m'appelle Aristote Charle, ancien combattant.
[Pause — silence, piano doux]
[Couplet 1]
Mai quarante. Une lettre froissée dans ma poche.
Un ciel épais de menace, le monde comme une page blanche.
La vareuse collée au dos, les bottes boueuses qui parlent encore.
Je revois les visages — jeunes, terrifiés, parfois riants —
Ils avaient des projets, des noms, des chansons à finir.
Chaque pas marquait une distance, une absence qui s'installe.
[Pause — silence puissant]
Les champs retenaient nos pas comme une mémoire lourde.
Je garde la chaleur d'une main qui n'est plus, le timbre d'une voix.
Je prononce leurs prénoms dans le creux des nuits.
[Refrain — chuchoté, convaincu]
Je dis leurs noms, j'allume leurs lampes,
Je porte leurs mots pour que la nuit comprenne.
Je témoigne — pas pour la gloire, mais pour le souffle qui reste,
Pour que ces vies n'aillent pas se perdre dans le vent.
[Pause — souffle retenu]
[Couplet 2]
La peur avait un goût salé, comme la mer de nos silences.
La résistance — des lettres cachées, des poèmes griffonnés sur du pain.
On se passait des regards, des signes, une tasse de thé chaude.
Un camarade m'a donné une allumette; je l'ai gardée comme talisman.
La ville avait des cicatrices que la pluie caressait doucement.
Nous étions petits dans l'immensité des ordres, mais grands dans le refus.
[Pause — un souffle long]
J'ai vu des départs sans retours, des promesses brisées et des serrages de main.
J'ai appris à compter les absences comme on compte les étoiles.
[Refrain — intensité contrôlée]
Je dis leurs noms, j'allume leurs lampes,
Je tends leurs photos à la lumière pour que l'oubli ne gagne pas.
Je témoigne — pour les vies qui ont creusé des chemins,
Pour que jamais on n'oublie le prix de nos silences.
[Pause — silence]
[Pont — voix plus proche, presque confidentielle]
La guerre n'est pas un récit de héros, c'est une cartographie de manque.
Je porte la mémoire comme on porte une vieille montre : fragile, précise.
Il y a une lettre froissée, un morceau de ruban, une odeur de café.
Ces petites choses font tenir les grands discours d'après.
[Pause — corde légère, piano respirant]
[Refrain — calme, appelé]
Je dis leurs noms, j'allume leurs lampes,
Je grave leurs dates sur ma poitrine quand le sommeil se refuse.
Je témoigne, je me souviens, je réclame une douceur pour demain :
Que l'on plante un arbre en leur nom, que l'on garde leurs noms vivants.
[Pause — souffle long]
[Outro — voix fatiguée mais digne]
Aux enfants d'aujourd'hui, je confie ces mots clairs :
Protégez la vie. Prenez soin. Ne laissez pas les mémoires s'effriter.
Aristote vous parle — écoutez les pierres qui parlent encore.
Plantez un arbre pour eux, appelez-les parfois par leurs prénoms.
[Fin — chuchoté, nom pour l'autorité]
Je m'appelle Aristote Charle. Souvenez-vous. Faites la paix.
[Dernier silence — piano s'éteint]